Bienvenue dans mon atelier

Mon atelier à Lyon en 2000

rolandpotin@gmail.com

Après un apprentissage dans la veine de l'art de la Renaissance puis de l'art fantastique, j'opère une rupture radicale. Je me dirige vers une peinture plus libre sous la forme de tableaux cosmiques, de nébuleuses, d'autres sujets issus de mon imagination et de l'inventivité de ma main sur la toile.

De là, se construit petit à petit une écriture qui me rapproche du mouvement psychédélique avec lequel je collabore, puis du milieu des peintres surréalistes avec lesquels je me lie d'amitiés. Mon chemin se précise alors, pendant une quarantaine d'années. Maintenant, je suis dans mon monde. Mon expression coule limpide.

L'ensemble de mes tableaux constituent un opéra ininterrompu, écrit pour produire ce que j'appelle mon Graal quotidien. Rien n'est définitif et mon expression évolue vers une destinée qui me surprend encore chaque jour.

L'horizon est ouvert.

—Roland Potin Eizner


Ce que dit le le Delarge

Dans des huiles posées avec précision sur un décor soigné, support en bois ou portail en biseau, il décline des ostéomorphes placés plus souvent verticalement sur fond uni noir de préférence, fichés sur un tube d'acier ou articulés les uns aux autres, formant un monde sculptural étrange.

De temps à autre une allusion au vivant comme cette construction dans laquelle se détache un bec d'oiseau.

Si Hellée, (1999) représente cette peinture dans laquelle la sculpture est implicite, il annonce une explicite sculpture de bois, peint, Hellée, (2009).

Un portique laisse pendre, ossement acérés, des cadres et des boules dans une allégorie létale de tarlatane colorée. 2007

—Le Delarge


Témoignage d'Arthur Staskiewicz

Le voyant se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. [...] Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! [...] viendront d’autres horribles travailleurs; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !

—Arthur Rimbaud, Lettre du voyant

Enfant d’un siècle fou qui a définitivement vu s’ériger, par-delà les traumas qui l’ont traversé, la majesté matérialiste de l’esprit scientifique et ses tours d’ivoire intellectuelles, Roland Potin Eizner, lecteur d’Artaud ou des beatnicks américains, est de ceux qui sont parti un jour dans la direction opposée, à la conquête du vécu de l’être, aux portes de la perception, celles-là mêmes qu’a pu évoquer Aldous Huxley. Si l’on peut voir en lui un héritier du surréalisme, c’est avant tout par ce cheminement personnel, celui d’une liberté au prix de tous les périls. Et que reste-t-il aujourd’hui au penseur, et à l’artiste authentiques ? Quels territoires peuvent-ils encore hanter aujourd’hui, ceux-là mêmes qui ont été destitués d’un monde par trop matérialiste ? Il ne reste que l’œil et l’esprit: arpenter le monde visible en monde intérieur, loin des regards naïfs ou corrompus. Ainsi Roland Potin-Eizner nous donne à voir, et si c’est le propre de la peinture, peu d’artistes en prennent toute la mesure.

C’est un habile metteur en scène, se jouant des différents plans qu’offre la perspective et dont les axes brouillent volontairement la compréhension du tableau comme aussi, ils savent se poursuivre et s’épanouir partout en dehors du tableau. Les formes qu’il présente au centre de ses tableaux, sculpturales et surréalistes, renvoient à la notion d’espace, à cette dimension transparente qu’il veut nous donner à voir dans et par la peinture. Elles renvoient finalement à tout sauf à elles-mêmes: elles sont l’expression de ce corps voyant, dépassé par l’espace de sa propre vision, sa potentialité spatiale et l’étendue de ses perceptions. Dans une mise en abîme révélatrice, le tableau observé, renvoie à l’espace du spectateur: la vie est mouvement, le tableau et celui qui le regarde en font partie, le spectateur est totalement englobé par cette allégorie. La forme n’est qu’un prétexte à tout ce qui la dépasse: le mouvement, le jeu, et la liberté. Là où la conscience s’épanouit et se rit de la matière…. Et encore, par-delà ces dédales et ces miroirs, le tableau et son sujet nous touchent intimement, c’est nous-même qui retrouvons, dans l’irisé et le flou qui font la matière même de la peinture, la douceur charnelle de la solitude de l’être, cette émotion, et ce langage sans paroles. Arthur Staskiewicz

—Arthur Staskiewicz


Témoignage de Chantal Compin Professeur d'arts plastiques à l'école du Louvre

S'il faut en croire certains tenants de la critique contemporaine, l'art est voué à une mort prochaine.

En cette aube du XXIe siècle, il est permis, en effet, de se demander si la peinture à l'huile, puisqu'il s'agit d'elle ici, demeurera un médium privilégié comme elle l’a été jusqu’à maintenant.

Dans tous les cas, nous pouvons lui prédire un bel avenir en contemplant l'œuvre de Roland Potin, qui, pour nous conforter dans cette pensée, ne craint pas d’employer les couleurs les plus franches et les plus persuasives.

Foin de la monochromie, qui reflète notre pessimisme et notre angoisse, la rémanence du rouge et du jaune, opposés au bleu profond, a une vertu roborative des plus salutaires.

Vibrations, fusions, magmas et vastes plages uniformes alternent sur la toile. Et pour les produire, le peintre possède une technique particulière. N'hésitant pas à broyer la matière directement sur le support à la main quand il n’adjoint pas des glacis au pinceau ou des aplats au couteau.

Mystère pour le regardeur, cette alchimie. Les formes issues du hasard ou d'une longue élaboration ont un sens qui nous échappe. Que veut dire, en effet, ce réseau de lignes tubulaires, souples ou rigides, qui relient les extrémités de la toile ou qui transpercent les cloisonnements d'un espace aux multiples dimensions ?

À la vue de "La fiancée en difficulté", les érudits ne manqueront pas de faire référence à la "Femme chancelante" de Max Ernst. Mais notre souci d'interprétation n'en demeurera pas moins insatisfait, et ce ne sont pas les titres qui nous rendront la tâche plus aisée, jetant plutôt un voile supplémentaire qu'il nous faudra écarter.

Ainsi, "Les temps anciens" sont-ils ceux des origines ou une projection dans l'avenir et le regard que porterons alors des êtres futurs sur notre époque ? N'y aurait-il pas une allusion à cette élasticité du temps dont l'homme ne fait que soupçonner les arcanes ?

Il est certes possible de vivre sans se poser trop de questions fondamentales et de s'étourdir en s'adonnant à des plaisirs immédiats. Mais si le mouvement, la lumière, la sonorité qui cohabitent dans la plupart des tableaux de Roland Potin ont des accents de fête foraine, ne nous y trompons pas, il nous est offert bien plus à notre réflexion.

Livrons-nous à la "Méditation", loin du bruit et de la fureur, notre réalité quotidienne, laissons-nous guider par ces "Maîtres-à-danser" que sont nos yeux situés à quelques pas de l'œuvre qu'ils parcourent en zigzag. Viendra alors le moment où nous aurons le sentiment d'être sur un seuil qu'il nous faudra franchir pour un nouveau départ.

Antoni Tàpies dit qu'une peinture n'est pas un message mais un émetteur. À nous d'en capter les ondes sur la longueur qui nous est propre.

Les ailes de chauve-souris qui survolent "La ville" ont souvent symbolisé les forces maléfiques. Roland Potin a su les apprivoiser pour qu'elles ne troublent pas notre délectation.

—Chantal Compin, Décembre 1994.